Du Portugal aux rues de Nairobi, le parcours de Tatiana Teixeira vers AfroWema a été tout sauf linéaire. Forte d'une formation en biologie et en marketing, elle a fait ses premiers pas dans un monde dominé par les normes de la mode traditionnelle et s'est imposée comme une figure incontournable de la haute couture durable. Aujourd'hui, elle tisse des liens entre éthique et design de luxe.
(FAB L'Style)
Un cœur pour l'émancipation : l'histoire des origines
L’entrée de Tatiana dans le monde de la mode a débuté avec un objectif simple : soutenir et valoriser son tailleur. Ce qui n’était au départ qu’un geste de solidarité s’est transformé en une marque à vocation sociale. Elle a appliqué son esprit scientifique aux matériaux, explorant le surcyclage, le design zéro déchet et la production communautaire. Comme elle le dit elle-même :
« Tout a commencé… comme un projet à impact social visant à autonomiser la communauté artisanale de Kibera. »
En fusionnant ses racines portugaises avec le dynamisme du Kenya, elle a façonné une vision pour AfroWema qui transcende la géographie : une maison de mode engagée.
Fusion de l'art, du mouvement et de la mode
Tatiana conçoit la mode non pas comme un médium isolé, mais comme une toile où convergent de multiples formes d'art. Lors de ses récents défilés, elle a intégré la danse, la peinture en direct et la musique à des expériences immersives, non pas pour le simple spectacle, mais pour approfondir le lien émotionnel.
« Nous avons eu des danseurs qui ont ouvert le défilé… et un peintre qui a réalisé une performance en direct sur le podium. »
Son objectif : chaque défilé est un récit, pas une simple mise en scène. Elle intègre délibérément des participants issus de communautés sous-représentées, des personnes dont les histoires restent souvent inaudibles. Pour elle, le podium devient une scène où s’expriment la culture, l’identité et la liberté d’expression.
Faire face aux réalités de la mode : défis et croissance
La création d'AfroWema a nécessité de surmonter de sérieux obstacles. Tatiana cite la gestion du temps , les contraintes d'infrastructure et les coupures de courant à Kibera comme de véritables freins opérationnels. Elle note :
« L’un des plus grands défis… est de respecter les délais et de garantir la précision. »
« L’accès à l’électricité est irrégulier, ce qui affecte à la fois notre processus de production et le quotidien de nos artisans. »
Mais elle transforme ces défis en opportunités de croissance. Elle forme des artisans non seulement aux techniques de couture, mais aussi à la discipline, à la qualité et à la gestion d'entreprise, élargissant ainsi leurs compétences au-delà de la simple confection de vêtements.
Fondements éthiques : au-delà du vêtement
Chez AfroWema, l'éthique est au cœur de chaque décision. Le développement durable n'est pas une option, mais un pilier fondamental. Tatiana met en lumière plusieurs stratégies :
-
Conception zéro déchet : chaque morceau de tissu est réutilisé, que ce soit pour un chouchou ou un petit accessoire.
-
Matériaux durables et sans plastique : boutons en noix de coco, tissus recyclés et approvisionnement local pour minimiser l’empreinte carbone.
-
Salaires équitables et renforcement des capacités : Elle insiste pour bien rémunérer ses artisans et les sensibiliser à la manière dont les prix reflètent la qualité.
Elle a également fondé le premier programme de mode durable pour enfants au Kenya, en partenariat avec un centre d'art de Kibera. Sa philosophie : enseigner à la prochaine génération que la mode peut être un vecteur de changement.
Dire la vérité au pouvoir
Interrogée sur la capacité des marques africaines à percer véritablement dans le secteur du luxe, Tatiana ne mâche pas ses mots. Elle dénonce l'hypocrisie :
« Les grandes semaines de la mode invitent les marques africaines mais ne tiennent pas compte des obstacles financiers auxquels nous sommes confrontés, comme les frais de participation de 5 000 dollars. »
Elle reconnaît également que le développement éthique représente un défi constant. AfroWema refuse la production de masse ; sa croissance doit donc être intentionnelle et durable.
Lorsque des marques de fast fashion la contactent, elle est ouverte à la collaboration, mais seulement si elles s'engagent à changer. Elle propose des initiatives de recyclage partagé plutôt que des accords abusifs.
Des moments qui font écho
Certains souvenirs restent plus marquants que d'autres. Être la seule marque africaine présente au Festival mondial de la mode en est un. Un autre est d'avoir été sollicitée par des mannequins de renom pour des séances photos de ses créations uniques.
« Des mannequins nous ont contactés en disant : "Nous voulons faire une séance photo avec vos créations… quelque chose d'inédit ici." »
Elle laisse également entendre qu'il y aura des partenariats et des collaborations créatives à venir, même si les détails restent encore confidentiels.
Selon ses propres termes, la mission d'AfroWema n'est pas de changer le monde, mais de changer le monde de quelqu'un. À travers ses vêtements, ses récits et son engagement, elle y parvient précisément.